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24.2.13

D’émotion l’on s’endort, l’on se voit endormi, l’on se voit au dessus de soi-même dans la chambre allumée encore, l’ont se voit, l’on sait que l’on est soi, l’on sait que l’on est, que l’on est définitivement plongé dans soi, dans sa propre idée de la vie, Saïd et Jonathan ne diront rien de contraire. Ils sont plutôt raffinés dans leur silence, l’on les voit, l’on l’explique par cette vision de deux hommes qui n’ont rien à dire. Ils sont incapables de surgissement, ils ont la parole en eux. Ils se sont mariés tous ensemble les trois, Saïd, Saïd et Jonathan et la petite que tu vois bien qu’elle dort. Ils ont construit des machines et finalement une maison, c’était l’hiver, c’était le vent et la peur des loups, parce que déjà la petite était complètement tarée. La tare, les loups ils aiment, ils ont cette gourmandise, c’est leur coquetterie. Une maison c’est dangereux, peut-être plus que les loups, Saïd, Saïd et Jonathan ne le savait pas avant, c’est ce qui arrive aux gens qui s’aiment trop. La petite dort, et Saïd, et Jonathan, ils vont sur youtube, ils regardent des lesbiennes qui s’embrassent dans la langue, ce qui est vraiment beau, ce qui est vraiment doux et familier. Ce qui leur rappelle leur enfance et même leur jeunesse, ce qui entraîne chez eux une excitation très simple, très ordinaire, et ils n’en demandaient pas plus. Et ils sortent et ils vont dans les bois et ils entendent les loups et ils s’enlacent, ils sont solides, ils sont nerveux mais solides.


© Denis Thomas

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